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CULTURE SCIENTIFIQUE / CIRCULATION DES IDÉES
 
 
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Jean POULY: "Nous réfléchissons à proposer des points de connexion sans fil partout dans l’agglomération, un peu comme les stations Vélo’v"

Interview de Jean Pouly, mission solidarité numérique,Direction des Relations Internationales de la Ville et du Grand Lyon.
Propos recueillis par Cedric Polère le 21 février 2007


Date : 21/02/2007

Jean Pouly dirige la mission pour la solidarité numérique au sein de la Direction des Relations Internationales de la Ville et du Grand Lyon. Cette mission a vu le jour dans le cadre du Programme Lyonnais pour la Société de l’Information (PLSI).
Nous l’interrogeons sur la genèse du PLSI, son évolution et la signification pour la collectivité de susciter de nouveaux services urbains à partir d’Internet.

Pourquoi la Ville de Lyon s’est-elle sentie « interpellée » par la révolution de l’Internet au point de lancer en 2001 un programme d’action ?
En 1997, Lionel Jospin lançait le programme d’action gouvernemental pour la société de l’information (PAGSI). Internet émergeait, dans un contexte de fortes inégalités sociales et géographiques dans son accès et dans la formation. On parlait de « fracture numérique ». Les écoles n’étaient pas connectées à Internet, le haut débit faisait ses premiers pas, mais on voyait bien qu’Internet donnait accès à un nombre sans cesse croissant d’informations, de données et d’activités. En 2001, le Programme Lyonnais pour la Société de l’Information est donc mis en œuvre pour réduire les inégalités d’accès à Internet. L’enjeu est aussi de mieux mailler le territoire lyonnais pour faire émerger une offre de service. Le site « Lyon.fr » a été créé à l’occasion du G8 en 1996, mais il a été conçu dans un premier temps comme un site « vitrine », que l’on aimerait pouvoir transformer en site de service pour répondre aux demandes des usagers.
Le PLSI est inscrit dans le Plan de mandat, traduction de la volonté politique de passer d’une situation où il n’existe pas de stratégie, à une situation où les actions sont pensées, organisées, dotées de moyens adéquats, coordonnées entre les services de la Ville de Lyon et de la Communauté urbaine.


Comment les objectifs du PLSI ont-ils été définis ?
En 2001 et 2002, ils ont été élaborés de manière concertée par des groupes de travail thématiques (éducation, vie économique, culture, accès public à Internet, université…) qui ont rassemblé les principaux acteurs concernés du territoire. D’eux sont venus idées et projets. Le programme se décline en quatre thématiques : l’éducation, l’accès public à Internet, l’administration électronique et le développement économique. Les trois premières sont prises en charge par la Ville de Lyon, la dernière par le Grand Lyon. Dans ces domaines, le PLSI soutient des actions qui participent à la démocratisation des TIC, dans les écoles, les entreprises, les associations, les services municipaux, les maisons de retraite…
En matière économique, l’ « Espace numérique entreprise » s’adresse aux PMI-PME qui n’ont pas les moyens ou le réflexe de s’équiper et de monter une stratégie de e-commerce ou de e-marketing. Le Grand Lyon joue auprès d’elles le rôle de consultant gratuit. Il ne se substitue pas à l’offre privée, mais oriente, forme des personnes qui autrement ne pourraient avoir accès à ce type de service.


De quels moyens dispose le PLSI ?
C’est un programme de 9 millions d’euros pour la durée du mandat, essentiellement orienté vers des investissements. Le PLSI se compose d’un directeur et d’un chargé de mission. Sa mission étant transversale, il mobilise plusieurs directions de la Ville de Lyon, comme la direction de l’éducation, ou la direction des services informatiques. Il anime et fédère ensuite un réseau d’acteurs de la filière numérique : Lyon Infocité, l’Espace Numérique Entreprise, Lyon Game, des chargés de mission du Grand Lyon, du Département du Rhône et de la Région Rhône-Alpes.


Depuis 2001, l’enjeu de réduction de la fracture numérique s’est effacé, au moins dans les discours tenus sur Internet. Le PLSI s’est-il réorienté en même temps ?
Effectivement, nous avons changé de paradigme en cours de route, ce qui nous amène à réfléchir à la mise en place d’autres services pour l’agglomération. En 2001, le paradigme de la fracture numérique était pertinent : moins de 10% des Français étaient connectés à Internet, contre un sur deux aujourd’hui. Nous étions loin des usages de masse de l’Internet. Le chiffre d’affaires du e-commerce représentait celui d’un seul supermarché en France.


L’objectif de réduire la fracture numérique à Lyon est-il abandonné ?
Non. D’abord, ce que nous avons réalisé depuis 2001 est utile. Face à l’inégale répartition des lieux d’accès à Internet dans la ville, le soutien financier du PLSI a encouragé l’équipement d’espaces qui ont limité ces inégalités. Lyon compte aujourd’hui 140 points d’accès gratuit et 300 dans le Grand Lyon (MJC, bibliothèques municipales, centres sociaux, ANPE, associations, bureaux de Poste…) Ensuite, la politique d’extension de l’accès à Internet auprès de publics comme les personnes âgées, les personnes handicapées, les migrants devra être poursuivie. Il nous faut continuer à travailler de manière ciblée avec des centres sociaux, des maisons de retraite, aller finalement chercher ceux qui sont « dehors » de l’accès à Internet. Plutôt que de fracture numérique, je préfère d’ailleurs parler d’une série de micro-fractures. L’inégalité en matière numérique creuse les autres inégalités, sociales, économiques, culturelles.
Pour autant, l’objectif d’une possibilité d’accès du plus grand nombre à Internet est rempli. La connexion à Internet représente un faible coût dans le budget d’un ménage. L’abonnement n’est plus rédhibitoire. Il est même devenu avantageux en termes de services de se connecter à Internet : on y gagne de l’accès aux services et du temps. Bref, Internet n’est plus un luxe. Et plus les années vont passer, plus la minorité qui n’accédera pas à Internet se réduira tout en devenant incompressible.


Quel est aujourd’hui l’enjeu central autour duquel s’organise le travail du PLSI ?
Nous menons une réflexion prospective sur ce que pourraient être les nouveaux services à mettre en place au niveau d’une agglomération comme celle de Lyon, durant le prochain mandat. Nous partons de la question suivante : comment améliorer la mobilité du citadin en lui permettant un accès continu à l’information ? Les technologies de l’information permettent en effet d’accéder à un bouquet de services, d’ « emporter » avec soi ses amis, ses rendez-vous, etc. Nous réfléchissons à proposer des points de connexion sans fil partout dans l’agglomération, un peu comme les stations Vélo’v. A chaque borne, on pourra se connecter gratuitement avec son ordinateur portable, son téléphone mobile, son agenda électronique, son Ipod, pour télécharger une émission, un document, relever ses e-mails… L’idée n’est pas de se substituer à l’offre privée, mais de permettre, via un abonnement gratuit et limité (à l’heure ou à la minute), l’accès à des services et outils essentiels. Le projet se résume ainsi : faire d’Internet un service de base, au même titre que l’électricité, l’eau, la collecte et le traitement des déchets… La collectivité fait en sorte qu’il y ait un réseau qui permette l’accès gratuit à Internet, en considérant que cela permet à tout le monde de mieux gérer sa vie quotidienne. Elle le fait en partenariat avec le privé et en complémentarité avec l’offre privée. On peut envisager ce service comme un nouveau média local. Ce média a un bel avenir, car c’est le média de la mobilité.


En quoi ce projet relève-t-il des missions de service public ?
Ce service étant rendu par la collectivité, il est conçu pour que tout le monde puisse y accéder. Depuis sa création en 2001, le PLSI veut favoriser l’accès universel à Internet. C’est une position politique.


N’est-ce pas surtout les jeunes qui utiliseront cet outil ?
Les jeunes sont en effet des usagers naturels de ces outils. C’est eux qui feront la population active de demain, qui auront besoin de mobilité et qui finalement auront le plus besoin de ce type de service.


On peut imaginer que ce service concurrencera l’offre privée ?Non, nous recherchons plutôt la complémentarité avec le secteur privé. Comme Vélo’v, on peut imaginer un espace gratuit ou presque gratuit, mais limité, qui amplifie les usages privés. Ce type de service créé des usages qui n’existeraient pas autrement, encore une fois comme Vélo’v.
Il faut aussi penser que nous traversons aujourd’hui une phase de transition. L’accès à l’Internet sans fil revient très cher, ce qui décourage le grand public. L’usage des téléphones mobiles de 3ème génération (dits 3G), qui permettent par exemple la vidéoconférence par téléphone, reste limité dans les faits : on télécharge des sonneries, on s’envoie des photos, bref, on reste dans le domaine du « ludique privé ». L’accès par réseaux sans fil à haut débit (WIFI : Wireless Fidelity) ne se développe pas.
Notre projet n’est au demeurant pas révolutionnaire. Une trentaine de villes en Europe ont monté ou tenté de monter des réseaux métropolitains sans fil. Mais les stratégies publiques sont presque toujours coincées par les évolutions technologiques.


Développer de nouveaux services à partir d’Internet induit l’existence d’infrastructures de communication. L’agglomération est-elle bien placée en la matière ?
Lyon est très bien placée en matière d’infrastructures de communication. Quand un opérateur téléphonique veut annoncer le lancement d’une nouvelle offre, il le fait souvent à Lyon. Lyon a été récompensée deux fois par quatre @ au label national des Villes Internet. Le réseau mutualisé de télécommunication mis en place sous le mandat de Raymond Barre fait que Lyon est très bien maillée en infrastructures. Quand une tranchée est creusée pour y déposer des fibres, la Communauté urbaine exige que de la place reste disponible pour y installer d’autres fibres. Un nouvel opérateur utilisera les tranchées déjà creusées, et devra à son tour prévoir de la place pour un nouvel arrivant. L’idée est de mutualiser le réseau pour renforcer la concurrence. A côté de ce choix stratégique, le PLSI a créé une transversalité dans l’action puisque notre programme touche les écoles, les entreprises, les résidences de personnes âgées, etc. Pour ces raisons, le territoire est identifié comme innovant par les acteurs du secteur.


Comment le PLSI s’y prend-il pour fédérer les acteurs de la filière ?
Nous avons obtenu la création d’une marque, « Lyon numérique », comme Lyon Infocité et Lyon Game, pour fédérer l’ensemble des acteurs de la filière, et pouvoir communiquer vis-à-vis du grand public. Tous les acteurs de la filière pourront l’utiliser.


Le PLSI est-il à l’initiative du « guichet du savoir », ouvert en mars 2005 par la bibliothèque municipale de Lyon ?
Non, c’est Patrick Bazin, directeur de la BM de Lyon, qui a eu l’idée de ce service. Le PLSI a financé pour sa part le moteur technique. Le guichet du savoir est un nouveau service municipal. Trois personnes à temps plein répondent aux questions (environ 400 par mois), et des spécialistes sont sollicités pour les questions les plus pointues. Au cours de son fonctionnement, les règles ont été précisées : le guichet ne fait ni le travail d’un avocat, ni celui d’un médecin, ne rentre jamais dans des débats d’idées. Le personnel a dû trouver des techniques pour repérer les élèves ou étudiants qui cherchent à faire faire leur devoir…

Pour conclure, pouvez-vous expliquer pourquoi la mission solidarité numérique mondiale a été mise en place à la Direction des Relations Internationales de la Ville de Lyon? Quels objectifs poursuit-elle ?
Cette mission a été mise en place en février 2005 à la demande de Gérard Collomb afin de permettre à la Ville et à la Communauté urbaine de remplir leurs engagements suite au Sommet mondial des Villes et des pouvoirs locaux sur la société de l’information, organisé à Lyon en décembre 2003 : adhérer au Fonds de solidarité numérique, promouvoir le mécanisme du % numérique et monter à Lyon l’Agence mondiale de solidarité numérique pour appuyer le Fonds mondial de solidarité numérique (FSN) dans l’expertise et l’accompagnement des projets. Les différents objectifs de cette mission sont de permettre la mise en place de l’Agence mondiale de solidarité numérique à Lyon en coordination avec l’UNITAR et le FSN ; d’articuler les projets de coopération décentralisée menés par la Ville de Lyon et le Grand Lyon avec l’action du FSN ; de travailler en coordination avec le FSN pour permettre la mise en oeuvre des nouveaux mécanismes de financement de la solidarité numérique à Lyon ; enfin de représenter la Ville et la Communauté Urbaine à la commission « société de l’information » de Cités et Gouvernements Locaux Unis (CGLU), au sein du Knowledge Society Forum (KSF) des Eurocités, dans le réseau des villes numériques Global Cities Dialogue (GCD) et enfin dans différentes manifestations internationales liées à la société de l’information.



Téléchargements
> Jean_Pouly_PLSI_210206.pdf (pdf-76ko)
... sur millenaire3
> Programme Lyonnais pour la Société de l’Information (PLSI) (Acteurs)


Fiche actualisée le : 21/03/2007
 
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