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Quand les jardins collectifs donnent une leçon de vie à la ville


Jardins ouvriers, familiaux et partagés.

Références(s) : Agenda métropolitain Lyon - Saint Etienne / Printemps 2006.
Auteur : Sandra Decelle et Catherine Panassier

Chaque saison, le réseau de veille Lyon - Saint Etienne décrypte les dynamiques métropolitaines à travers quatre Gros Plans.
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Le phénomène périurbain, particulièrement caractéristique de l’évolution de la métropole ces vingt dernières années, marque la volonté des citadins de bénéficier d’une maison, d’un jardin et d’espace extérieur à vivre, tout en restant proches des services de la ville. Ce phénomène est d’autant facilité par le développement des voies et outils de communication, la requalification des centres bourgs et une offre foncière plus étendue et accessible. Cependant, nombreux sont ceux qui restent à l’écart de ces nouvelles possibilités résidentielles. Les jardins ouvriers, familiaux et enfin partagés, apparaissent alors comme une solution pour répondre aux aspirations des citadins captifs qui ne portent pas seulement sur une demande de verdure mais s’ancrent sur des références et des valeurs plus profondes. Quelles sont-elles ? Et si le vif engouement pour les jardins collectifs correspondait à l’expression d’une nouvelle envie de vivre en ville ?


Qu’est-ce qui se cache derrière la fête ?
Avec le printemps, les jardins reprennent vie Aux quatre coins de l’agglomération, les jardiniers s’activent à nouveau après les froids mois d’hiver. Les petits marchés aux plantes refleurissent comme les Printanières de Bron (21 avril) ou Grézieu Nature (9 avril). Le printemps, c'est aussi l'occasion d'échanger ou d'acheter des spécimens et des graines de plantes rustiques lors de la 19è Foire aux plantes rares de Saint-Priest (25-26 mars), des Bons Plants de Villeurbanne (20-21 mai) ou de la Foire aux fleurs de Bessenay (14 mai) et bien sûr lors du salon Primevère (3-6 mars) qui fête ses vingt ans cette année. C’est aussi le lancement de la troisième édition du Festival des jardins de rue (mai-septembre) ) Derrière cette dynamique, foisonnent de nombreuses expériencescollectives, à découvrir…


La ville et les jardins, une vieille histoire qui dure
Les relations entre la ville et les jardins existent depuis toujours. La notion de jardins partagés, elle, est plus récente. Quelle est son origine ? Au XIXè siècle, les jardins ouvriers ont vu le jour à l'initiative d'ecclésiastes députés du Nord (Abbé Volpette, Abbé Lemire). Ils ont convaincu les industriels de fournir un lopin de terre aux ouvriers venant des campagnes. Les ouvriers pouvaient ainsi disposer de lieux pour cultiver leurs légumes à des fins alimentaires, comme le précise Bernard Justet  et trouver des activités plus saines que la fréquentation des bistrots. La pratique rurale du jardin pénètre la ville. Naissent alors la Société Française des jardins ouvriers et miniers en 1894 à Saint-Étienne, l'Association des Jardins communaux de Lyon , la Fédération des jardins de la Loire et la Fédération Nationale des Jardins familiaux en 1887 . Puis, au cours du XXè siècle, les premières cités-jardins apparaissent. Lyon et Saint-Étienne n'échappent pas à ce courant. Un renouveau apparaît dans les années 70 avec la naissance de jardins spontanés et partagés aux États-Unis, à New-York. Véritables lieux de rencontres situés en bas d'immeubles, ils permettent aux acteurs sociaux d'intervenir auprès de personnes en difficulté du fait de la crise du pétrole, du chômage et des addictions qui en découlent parfois. Le développement des jardins répond alors avec succès à de nouvelles attentes. On compte aujourd’hui à New- York plus de 500 jardins partagés.

Mille et un jardins, mille et un projets de « faire ensemble »
Dans l'agglomération lyonnaise, on peut découvrir les jardins familiaux à Bron , Feyzin,Vénissieux, Rillieux, Lyon, Villeurbanne, Vaulxen- Velin, Écully... Les attributaires des parcelles sont les chefs de famille, le jardin est légué quand l'un des adhérents décède ou n'est plus en mesure de s'occuper de son lopin. Parce qu’ils relèvent à la fois de la sphère publique et de la sphère privée, ces jardins semblent ménager des conditions particulières, favorables à la socialité. L’exercice de la civilité paraît ici rencontrer un terrain favorable parce que ces espaces répondent de façon visible à des aspirations individuelles dans un cadre conçu collectivement.
À l’exemple du Pré Sensé dans le huitième arrondissement de Lyon , des jardins partagés sont nés dans des quartiers en contrat de ville. Ils peuvent alors regrouper plusieurs dizaines d'habitants autour d'une centaine de m2. L'enjeu est de « créer un lieu de débaun lieu où l'on organise des moments de rencontres pour jardiner, pour du bien-être et de la
convivialité » comme le dit Catherine Creuze du Passe-Jardin . C’est également l’objectif poursuivi par la Maison du citoyen de Villeurbanne . Christel Amyot , coordinatrice du «Pré Sensé » présente ainsi son jardin : « C’est un lieu de vie collective, de rencontre intergénérationnelle et interculturelle, un lieu de verdure au milieu du béton, et ça se voit. Le jardin apporte au quartier une dimension humaine ».

Le jardin : une occasion de faire par soimême
Parallèlement, se sont également développés les jardins de solidarité ou d’insertion comme celui du Foyer Aralis de Villeurbanne ou le Jardin du cœur de Francheville . Ce dernier regroupe des personnes qui ont besoin de se restructurer avant de pouvoir intégrer une entreprise d’insertion. Durant toute une année, au fil des quatre saisons, elles se forment aux activités du jardin et reprennent un rythme de vie autour d’une activité utile car l’ensemble des produits du jardin est distribué aux personnes ou familles qui fréquentent les Restos du cœur. Damien Lamothe, responsable du jardin des Allivoz du Parc Miribel-Jonage  précise que « pour des personnes qui sont déstructurées, voir un espace se construire et qui ne serait pas ce qu’il est sans elles, est évidemment structurant. Se lever tôt le matin, s’entraider, utiliser certains outils, a permis de faire quelque chose de beau dont elles ont pu bénéficier puisqu’elles ont récolté les légumes et les ont mangés. Il y a des règles qu’il faut accepter pour que les plantes ne meurent pas. En acceptant ces règles, on est gagnant ! ». Le jardinage permet ainsi de renouer avec le travail, de passer progressivement de la position d'assisté à la position de producteur et donne une image sociale valorisante. Ces dernières années ont vu également naître les jardins thérapeutiques, comme le jardin du Réseau Santé  et les jardins pédagogiques comme le jardin des Allivoz  qui organise notamment les Mercredis du jardinage biologique (mars-octobre).

Le retour de l'école buissonnière
Ces jardins pédagogiques prennent une ampleur particulière. Les acteurs qui œuvrent autour de la thématique du jardin se tournent de plus en plus vers les enfants. Depuis une dizaine d'années, des classes s'engagent dans la réalisation de jardins pédagogiques. Le jardin fidélise les enseignants. Pour exemple, les associations des jardins familiaux du Fort de Bron et de Rillieux ont été parmi les premières dans l'agglomération à se servir du jardin comme terrain d'expérimentation et d'étude du vivant. En témoigne l'étude faunistique et floristique sur l'ensemble de la commune, menée
à Bron avec la participation de deux mille enfants (initiative d'ailleurs primée par la Fondation Nicolas Hulot). Le jardin est un échantillon de la biodiversité que des milliers d'enfants de l'agglomération ont plaisir chaque année à découvrir et à faire découvrir à leurs parents.

Une floraison de réseaux
Face à l’émergence de tant d’initiatives, outre les premières fédérations de jardins, de nouveaux réseaux d'acteurs se sont constitués à  l’exemple du réseau de la Fédération Nationale des Jardins Familiaux et du Jardin dans Tous Ses États (JTSE) dont le prochain séminaire se tiendra en avril (5, 6 et 7 avril). Bien que les objectifs de ces acteurs soient sensiblement différents, ils n'hésitent pas à échanger sur leurs pratiques du jardinage et s'invitent tour à tour à leurs colloques, débats et rencontres. « Penser global, agir local » précise Catherine Creuse : « Le jardin est à la fois
un prétexte pour se rencontrer et pour être acteur dans son environnement ». Jacques Girerd, coordinateur des jardins du Réseau Cocagne en Rhône-Alpes , explique ce besoin de se rassembler : « Ce qui nous unit, c’est le jardin comme support d’action et porteur de valeurs : valeur de solidarité, plaisir d’échanger et de partager, respect de l’environnement et sensibilité particulière à la nature, au cycle naturel, au beau, au goût et quelque part sûrement la recherche de son âme à travers le contact avec le vivant. Nous nous retrouvons en résonance face à la crainte de perte d’humanisme. Le rapport à la nature nous permet de nous retrouver comme humain, il fonctionne comme un miroir ».

Les jardins : leçon de vertus
Ainsi, le jardinage peut être bien plus qu'un mode agréable et bon marché de fournir sa famille tout au long de l'année en légumes et en fruits. Quelle que soit leur finalité, éducative ou sociale, les jardins recouvrent un ensemble commun de vertus. Ils sont l'occasion de faire ensemble, voire de partager la production d'un même espace (comme le prévoit Côté Jardin (13)), d’obtenir des résultats visibles et tangibles, une possibilité d’être utile et reconnu. Dans notre imaginaire, le jardinier est un sage.
Un travailleur qui sait gérer astucieusement l'espace et le temps... Jardiner c’est aussi, par un acte volontaire, retrouver ses racines tout en s’inscrivant, par des savoirs faire et des gestes, dans une activité ancestrale et universelle. Emmanuel Louisgrand  Artiste Jardinier, créateur des jardins de l’îlot d’Amaranthes, dans le septième arrondissement de Lyon est aussi convaincu des vertus des jardins : « …donner du sens, offrir une échappatoire face au monde saturé d’images qui sans cesse capture notre attention sur des produits marchands. À travers ce projet, notre volonté était de capter le spectateur, le passant sur quelque chose de vivant».

Une prise de conscience à partager
De toutes parts, des jardins fleurissent sur de mini-parcelles à l’exemple des jardins champignons Jardingues , ou sur de bien plus importantes surfaces. Jean-Louis Noyel et Jacky Maurice, Responsables municipaux des espaces verts de la Duchère , s’accordent à penser que les gens sont vraiment demandeurs de nature dans les quartiers dits sensibles. « À la Duchère, le rapprochement entre habitants et jardiniers a été facilité par le fait que les jardiniers sont reconnus comme des artisans de la nature qui concourent à l’embellissement du cadre de vie et par là même, à l’image du quartier et des personnes qui l’habitent. De plus dans ces quartiers, beaucoup de personnes sont de condition modeste, sans maison de campagne, sans moyen pour partir en week-end ou en vacances, donc il y a une grande demande d’espaces verts de proximité ».
A Lyon, où le contexte urbain est de plus en plus dense, et où la taille moyenne des logements diminue, l'association Brin d'Guill  a prévu, dans le septième arrondissement, un jardin nomade en cœur d'îlot et Jardingues, dans le cinquième, des plantations tous azimuts dans
les moindres interstices du bitume. Même le toit de l’échangeur a été transformé en jardin par la MJC Perrache ! C'est ainsi qu'on dénombre aujourd'hui près de trois mille parcelles de jardins familiaux et une cinquantaine de jardins partagés  l'ensemble couvrant environ 40 000 m2, auxquels se rajoutent les jardins privés. Le printemps nous offre l'occasion de se rendre compte sur place de l'ampleur du phénomène grâce à l’opération nationale les Rendez-Vous au jardin (2-4 juin).

L’émergence de nouvelles pratiques
Les revendications des citadins à plus de nature en ville et à être partie prenante de l’amélioration du cadre de vie induisent de nouvelles pratiques tant au niveau de la conception des projets urbains que de leur réalisation. L'investissement des habitants dans le fonctionnement des jardins partagés est tel que les élus locaux et les techniciens des services  sont amenés à considérer leurs demandes de réalisation de jardins et à les encadrer. Autour d'un jardin, aussi petit soit-il, élus, propriétaires fonciers et habitants doivent s'entendre. Cela prend parfois du temps (un à deux ans). Les associations telles que le Passe-Jardin ou l'Association des Jardins Familiaux intercèdent et aide les projets à aboutir. Ne voyant par ailleurs aucune limite au nombre de jardins qui pourraient naître dans l'agglomération, les associations revendiquent une véritable inscription des jardins dans les plans de développement urbain, tout en réaffirmant leur besoin d'espace de liberté, pour « faire ensemble dans des lieux qu'elles régissent elles-mêmes ». De leur côté, les élus voient dans ces projets de nouveaux espaces de régulation sociale, moins coûteux que des structures en dur. À Oullins et Vénissieux, deux jardins partagés viennent ainsi d'être créés, gérés directement par les services de la mairie .
Alors, dans l'avenir, quel soutien et quelle considération seront offerts à ces projets ? Les communes doivent-elles limiter le nombre de jardins ou bien encadrer davantage leur mise en œuvre au risque de les dénaturer, puisqu'ils sont par essence spontanés ?

Une vague de fond
Les jardins donnent un sens à l’urbanité. Comme le précise David Marcillon, architecte, « la question de la nature, qui constitue une forme de dépassement de la question du paysage, se pose aujourd’hui dans une conjoncture de forte prise de conscience écologique ». Le foisonnement des demandes de plus d’espaces verts, de nature en ville, de lien social et de faire ensemble participe pleinement de ce mouvement. Il y a un vrai désir de faire autrement société. À travers une plus grande place accordée à « la nature » en ville, le citadin trouve des réponses à ses aspirations profondes : être plus en lien avec le temps, les saisons, l’environnement, la terre, et surtout : le vivant et ses voisins ! C’est une vague de fond, une revendication à plus d’humanité, à un vivre autrement plus respectueux des personnes,
des êtres et du milieu dans lequel, ensemble, ils vivent.


 



... sur millenaire3
> Le jardin collectif : Le Pré Sensé (Acteurs)

> Foire aux plantes rares (Evènements récurrents)

> Les Bons Plants de Villeurbanne (Evènements récurrents)

> Foire aux fleurs (Evènements récurrents)

> Salon Primevere (Evènements récurrents)

> Festival des jardins de rues (Evènements récurrents)

> Catherine CREUSE : "Le jardin est un être vivant. Tout le monde devrait lui permettre de vivre, et faire que nos villes deviennent des jardins !" (Interviews)

> La Maison du Citoyen (Acteurs)

> Christel AMYOT : "Au jardin, on se rend utile, on fait des rencontres et on oublie le béton." (Interviews)

> Damien LAMOTHE : "Pour des personnes qui sont déstructurées, voir un espace se construire et qui ne serait pas ce qu’il est sans eux, c’est évidemment structurant. Se lever tôt le matin, s’entraider, utiliser certains outils, a permis de..." (Interviews)

> Emmanuel LOUISGRAND : "L’artiste peut donner du sens, offrir une échappatoire face au monde saturé d’images qui sans cesse capture notre attention sur des produits marchands" (Interviews)

> L’îlot d’Amaranthes (Initiatives)

> Jean-Louis NOYEL et Jacky MAURICE : "Nous sommes jardiniers mais aussi fabricants de lien social… " (Interviews)


Fiche actualisée le : 03/03/2006
 
Fiche indéxée dans :
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Société » Environnement »» Qualité de vie / Paysages
 
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